Un bilan accablant: le Burundi n’a pas sa place dans les opérations de maintien de la paix de l’ONU

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Une lettre de Paula Donovan et Stephen Lewis, codirecteurs, AIDS-Free World et sa « Code Blue Campaign »

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Son Excellence, Monsieur Tijjani Muhammad-Bande
Représentant permanent du Nigéria auprès des Nations Unies
Président du Comité spécial des opérations de maintien de la paix de l'ONU

Monsieur le Président, Son Excellence,

Le régime autocratique du Burundi, qui fournit un contingent de 740 soldats déployés en tant que Casques bleus auprès de la Mission des Nations Unies en Centrafrique, est devenu encore plus méprisant à l'égard de la communauté internationale et des Nations Unies dans leur ensemble. 

Le Burundi rejette les conclusions de la Commission d'enquête internationale des Nations Unies sur le Burundi (ci-après « la Commission ») qui en est à son troisième mandat. La Commission affirme qu'elle a des « motifs raisonnables de croire que des crimes contre l'humanité ont été commis au Burundi depuis avril 2015. »  Les rapports et les mises à jour orales de la Commission ont détaillé la manière dont les forces du Gouvernement burundais continuaient de perpétrer des violences sexuelles contre les femmes et les filles. Ce point a été de nouveau souligné pendant la présentation orale de la Commission au Conseil des droits de l’homme le 2 juillet. « Ces violences ont pris la forme de viol collectif, y compris dans le cadre d’attaques à leur domicile, » a déclaré la Commission. 

L'Ambassadeur du Burundi à Genève, Rénovat Tabu, a répliqué à la présentation orale du 2 juillet en déclarant que le peuple burundais était fatigué des « rapports mensongers, clivants, provocants et gênants» de la Commission. 

Le Burundi ne tient aucun compte de la Cour pénale internationale (CPI), qui mène actuellement une enquête sur les allégations de crimes contre l'humanité au Burundi. Un panel composé de trois juges de la CPI a estimé qu’il existait « une base raisonnable pour croire que le crime de viol, constitutif de crime contre l’humanité » avait été commis par les forces de défense burundaises « contre des femmes et des filles considérées comme étant proches ou comme étant des sympathisantes de l’opposition au parti au pouvoir.» Suite à la décision de la CPI d'ouvrir une enquête, le Burundi s'est retiré du Statut de Rome qui est le traité fondateur de la CPI. 

« La CPI s'est révélée être un instrument politique et une arme utilisée par l'Occident pour asservir» les autres États, a dit Willy Nyamitwe, porte-parole du président burundais après le retrait. «C’est une grande victoire pour le Burundi parce qu’il vient de défendre sa souveraineté et la fierté nationale.»  

La CPI reste compétente, eu égard aux crimes qui auraient été commis alors que le Burundi était partie au Statut de Rome de la CPI.

Le Burundi traite le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) avec dédain. En mars, le Gouvernement a forcé la fermeture du Bureau des droits de l’homme de l’ONU, en arguant que sa présence n'était plus justifiée. 

La Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a fustigé cette décision et souligné que des allégations de violations des droits de l'homme et d'atteintes continuaient d’être portées à la connaissance de ce bureau.

Le Burundi a menacé de mettre un terme aux relations avec l’Envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU au Burundi, Michel Kafando.

Il a exigé la fin des réunions du Conseil de sécurité sur le Burundi qui sont censées avoir lieu tous les trois mois. 

« La situation au Burundi ne représente aucunement de menace pour la paix et la sécurité internationales, » a déclaré l'Ambassadeur du Burundi auprès des Nations Unies, M. Albert Shingiro,

à l'occasion de la réunion du Conseil de sécurité qui s'est tenue le 14 juin sans la présence de Monsieur Kafando. « J'espère que c’est la dernière fois que le Burundi est sujet de discussion au Conseil » a ajouté le Représentant burundais.

Le Burundi a diabolisé les voix critiques issues de la diaspora dont beaucoup s'expriment sur Twitter et Facebook pour dénoncer les violences, les arrestations arbitraires, les disparitions, les assassinats et les viols commis au Burundi, contre des personnes considérées comme des opposants au régime.

Le Gouvernement a organisé des manifestations à Bujumbura contre Human Rights Watch et l’International Crisis Group, ces deux organisations ayant publié des rapports critiques à l’égard de la situation au Burundi, en juin.

Le Burundi est allé jusqu'à accorder une promotion au chef des Imbonerakure, la milice gouvernementale accusée d'avoir commis des violences sexuelles généralisées et l’a nommé à la tête de l’organisme de télédiffusion national, la RTNB. 

Et le Burundi affiche son mépris envers tous ceux qui remettraient en question le comportement de ses troupes mises à la disposition de l'ONU en République centrafricaine (RCA). 

Depuis 2015, 43 Casques bleus burundais ont été dénoncés suite à des allégations de viols ou d'abus sexuels contre des femmes et des enfants. Les victimes présumées comprennent 50 enfants, 25 adultes et 5 personnes d'âge inconnu résidant presque tous en RCA.

Selon les accords internationaux, le Gouvernement du Burundi est responsable des enquêtes et des poursuites contre ses militaires et ses policiers de maintien de la paix. Mais rien ne prouve que le Gouvernement burundais ait pris des mesures à l'encontre de ses Casques bleus qui font l'objet d'accusations. Dans le cadre d’un cas précis, l'enquête de l'ONU « a étayé » une allégation selon laquelle un Casque bleu burundais aurait violé un enfant. L'ONU a interdit à ce Casque bleu (qui était déjà retourné au Burundi) toute participation à une de ses futures missions.  Mais l'enquête et les poursuites conduites par le Burundi concernant ce cas de viol d'enfant sont « en cours, » selon l'ONU, ce qui signifie que la justice n'a pas été rendue.

Il s’agit là d’une pratique habituelle de ce fournisseur de contingents aux opérations de maintien de la paix de l'ONU qui ne respecte pas les règles établies.  Tous les cas de violences sexuelles impliquant les Casques bleus burundais ont été classés en raison d'un supposé manque de preuves, sont bloqués sur fond d’imbroglio bureaucratique ou « en suspens » en attendant l’adoption de mesures par le Gouvernement burundais.

Le Burundi demeure impassible face à la Résolution 2272 du Conseil de sécurité qui autorise le Secrétaire général à retirer des opérations du maintien de la paix les troupes d'un pays, si ce dernier n'enquête pas et/ou ne demande pas des comptes à ses Casques bleus accusés d'exploitation et de violences sexuelles.  

Dans le même temps, le Burundi s’empresse d’accepter les paiements de l'ONU en compensation de son rôle de pays fournisseur de contingents. 

Actuellement, 740 soldats burundais sont engagés dans les opérations de maintien de la paix de l'ONU en RCA, ils sont rémunérés par les cotisations obligatoires dues par tous les États membres au titre des dites opérations. Ce chiffre s'élève actuellement à 13 millions de dollars, un montant considérable pour un Gouvernement dont le budget militaire est d'environ 60 millions de dollars par an. 

Votre Excellence, la place des soldats burundais n'est pas au sein des Casques bleus de l'ONU.

L'ONU ne doit plus déployer des forces issues d'un régime qui a des antécédents bien documentés en matière de violences sexuelles commises en toute impunité contre des civils innocents, dans son propre pays et au-delà. 

Des engagements ont été pris envers les femmes et enfants de la RCA pour assurer leur protection. Mais en réalité, ils sont sacrifiés pour satisfaire les besoins des Nations Unies en effectifs pour des opérations de maintien de la paix en recrutant des soldats, peu importe lesquels, disposés à patrouiller dans les zones de crise.

Le Burundi a bafoué, à maintes reprises, les normes des Nations Unies et il s'est clairement opposé aux normes internationales de bonne conduite.

Les Nations Unies doivent cesser de financer le Gouvernement du Burundi et renvoyer ses Casque bleus indignes de leur mission dès maintenant.

Nous exhortons le Comité spécial des opérations de maintien de la paix à prendre des mesures fermes sur ce sujet d’une grande gravité.

Nous vous prions d'accepter, Monsieur le Président, Son Excellence, notre plus haute considération.    

             

Paula Donovan et Stephen Lewis
Codirecteurs de AIDS-Free World

Copies adressées aux membres et observateurs du Comité spécial des opérations de maintien de la paix

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